Depuis 20 ans, le docteur Vincent Morel exerce la médecine palliative au CHU de Rennes. Par son expérience, il a acquis des repères cliniques et éthiques sans atteindre de certitude absolue. De fait, il refuse les prises de position définitives et binaires sur l’évolution de la loi sur la fin de vie. Il s’en explique dans ce petit recueil concis.
Il fait un rappel historique des soins palliatifs en France : l’émergence dans les années 1980, les progrès de l’accompagnement avec les lois Léonetti (2005) puis Claeys-Léonetti (2016), les raisons qui ont poussé le législateur à s’emparer du sujet.
Il décrit les modèles étrangers.
Il s’appuie sur la rencontre avec ses patients pour faire des constats et par là-même nous interroger.
1/ Les soins palliatifs sont un progrès indéniable dans la prise en charge des patients mais ne correspondent pas aux attentes de tous les malades, car la démarche enjoint de (ou oblige à) « suivre un modèle du mourir qui sollicite la participation active du malade ».
2/ Où commence l’acharnement thérapeutique ?
3/ La loi est faite pour ceux qui vont mourir, pas pour ceux que rien ne soulage ou qui refusent la dépendance et qui veulent mourir.
4/ Par les progrès médicaux, la médecine elle-même engendre des situations complexes de survie.
5/ Comment promouvoir la liberté du droit à mourir sans faire peser de contraintes sur d’autres personnes ?
Et de conclure : « Aucune des réponses proposées, que ce soit un accès universel aux soins palliatifs ou une dépénalisation de l’euthanasie ou de l’assistance au suicide, ne parviendra à recouvrir l’ensemble des situations et des drames. Il restera toujours une zone d’ombre, des souffrances indicibles qui nous jettent à la figure notre impuissance à guérir la mort ? »
« Nous courons tous, chacun à notre façon, après la mort idéale. Comme la médecine est insuffisante et ne couvre pas toutes les situations, nous en appelons à la loi. Et c’est la même déception ! Elle garde ses zones de gris. »