Le philosophe Eric Fiat ne s’est pas jamais remis du départ de son père qui lui a été enlevé trois fois : une mort subite à 65 ans, une cérémonie de crémation ultra violente (du temps où on voyait les flammes dévorer le cercueil), une dispersion des cendres dans un jardin « du souvenir », autant dire « de l’oubli », puisque sans inscription, ni stèle, ni croix, ni pierre.
Il avait l’habitude d’aller se recueillir sur les tombes de membres de sa famille dans différents cimetières. Pour son père, rien. Alors il cherche comment entretenir le souvenir en lui dédiant un lieu : un petit sanctuaire avec des objets, puis un calvaire. Ce n’est pas suffisant.
Contrairement à ce qui est annoncé par le titre, ce petit essai, truffé de citations, pose la question du lien avec nos morts et pas de leur « adresse » après leur mort. C’est en en ce sens qu’il pourra être utile.
J’en veux pour preuve la discussion avec une amie juste après avoir terminé ma lecture. « Je ne vais jamais sur la tombe de ma mère qui est à 500 km. La concession arrive à son terme. On pourrait, même si ça coûte plus cher, faire une réduction de corps puis une crémation. Mais où mettre les cendres ? » La réponse est venue de son fils, pensant sans doute à ses enfants et futurs petits enfants : « Laissons mamie là où elle est. »
Car comme le dit Eric Fiat : « La mémoire vacillante a besoin de la perfusion du mémorial. »
P.S. : Aujourd’hui, en cas de crémation, il est conseillé par les pompes funèbres de notifier à la mairie de naissance du défunt le lieu de dispersion de ses cendres. Pour le jour où un descendant voudra savoir et même y aller, par curiosité ou en hommage.