L’Embaumeuse
Juliette CUISINIER-RAYNAL
Grasset 2023, 174 p, 19,50 € ou Pocket, 2024, 7,70 €

Après avoir créé des bijoux pendant quinze ans, l’autrice, pour des raisons personnelles dévoilées au début du livre, se forme à la thanatopraxie.
Sa mission consiste à redonner un visage aux morts, surtout des « cabossés», pour aider les proches à leur dire adieu.
Mandatée, pas toujours à raison, par les pompes funèbres, elle intervient à l’hôpital, en Ehpad, à domicile.

En une année, elle a côtoyé la mort huit cent fois, parcourant dans sa camionnette, 150 à 200 kilomètres par jour et travaillant jusqu’à douze heures d’affilée.

Chaque cadavre est un corps à préparer et une personne à présenter aux vivants dans la fidélité à l’image qu’ils en ont.

Le thanatopracteur n’est pas un magicien. C’est « un gommeur de causes ». Les soins sont difficiles, quand :
–  le corps est (très) abîmé
– on n’a pas de photo (de quelle côté la raie ?  maquillage ou pas ? )
–  la famille a des exigences de parure (cf. liste des vêtements à éviter) ou des demandes incongrues (récupérer les dents en or, imiter une moustache, etc).
– la toilette funéraire faite par des soignants aurait suffi (mais la thanatho ça rapporte gros aux pompes funèbres !)

Les morts sont au centre de son témoignage. Elle dresse les (mini) portraits tendres de quelques-uns des « patients » avec un réalisme de technicienne, une sensibilité de photographe et un talent de nouvelliste (Ah ! les titres et les chutes !). Elle les honore !

Elle pointe aussi les nécessaires améliorations : limitation des soins au strict nécessaire, utilisation de produits respectueux de l’environnement, embellissement des cadres de présentation des défunts, etc.

Ce qui la tient (une année seulement !) dans ce métier, c’est la promesse « de voir la défunte repartir belle et pomponnée de la cellule réfrigérée, amusée d’avoir partagé avec elle ce petit moment d’humanité qu’aucun membre de sa famille ne pourra soupçonner ».