A tâtons
Julie BANZET
Editions des Collemboles, 2023, 180 p, 20 €

Un jour d’août, comme elle en a l’habitude pendant les vacances, Madeleine marche sur le Causse. Au retour, l’angoisse monte. Elle est perdue. Les lieux lui ont inconnus. Ce n’est pas juste de l’inattention. C’est plus grave. De retour à Paris, après moult consultations et examens, le verdict tombe : Alzheimer. A l’hôpital, au café, chez elle, Camille, sa fille, consigne par écrit comment, par la force des choses, elle devient aidante et combien il est difficile de colmater les fissures dans la tête maternelle : oublis, pertes des repères, confusion, incidents, etc.

Le quotidien de la fille est chamboulé, celui de la mère, ruiné. La mère se métamorphose. La fille vit en apnée. La fille doit tenir, sa mère aussi. Jusque quand ? La maladie bouscule tout. La relation se transforme. Elle se déploie au-delà de la peur et de la colère en nuances d’attention, d’étonnement et de tendresse.

Le texte se prêterait à une lecture à voix haute. L’écriture est poétique avec un brin d’ironie qui atténue la tristesse. La narratrice use du « je » pour elle-même et du « tu » pour la mère dont elle relate ainsi la déchéance progressive jusqu’à la perte de la parole. C’est beau, c’est émouvant, c’est fort comme les sculptures d’argile de Pascale Coutant, photographiées par Denis Mauplot, qui émaillent le récit.

PS : On peut commander ce livre, lauréat 2024 du prix « A l’aveugle », à son libraire (via Electre) ou directement chez l’éditrice drômoise. (https://editions-des-collemboles.fr)